A B C D E F
G H I J K L M 

Total read books on site:
more than 20000

You can read its for free!


Text on one page: Few Medium Many
Tenez! Un seul homme a vu clair en
juillet, oui! Monsieur Thiers, dont le voyage actuel, au travers
des capitales de l'Europe, est encore un grand acte de sagesse et
de patriotisme. Tous les voeux des gens raisonnables
l'accompagnent, puisse-t-il russir!

D'un geste, il acheva sa pense, car il et jug malsant, devant
un Prussien, mme sympathique, d'exprimer un dsir de paix. Mais
ce dsir, il tait ardemment en lui, comme au fond de toute
l'ancienne bourgeoisie plbiscitaire et conservatrice. On allait
tre bout de sang et d'argent, il fallait se rendre; et une
sourde rancune contre Paris qui s'enttait dans sa rsistance,
montait de toutes les provinces occupes. Aussi conclut-il voix
plus basse, faisant allusion aux proclamations enflammes de
Gambetta:

-- Non, non! Nous ne pouvons pas tre avec les fous furieux. Ca
devient du massacre... Moi, je suis avec Monsieur Thiers, qui veut
les lections; et, quant leur rpublique, mon Dieu! Ce n'est pas
elle qui me gne, on la gardera s'il le faut, en attendant mieux.

Trs poliment, M de Gartlauben continuait hocher la tte d'un
air d'approbation, en rptant:

-- Sans doute, sans doute...

Henriette, dont le malaise avait grandi, ne put rester davantage.
C'tait, en elle, une irritation sans cause prcise, un besoin de
ne plus tre l; et elle se leva doucement, elle sortit, la
recherche de Gilberte, qui se faisait si longtemps attendre.

Mais, comme elle entrait dans la chambre coucher, elle resta
stupfaite, en apercevant, tendue sur la chaise longue, son amie
en larmes, bouleverse par une motion extraordinaire.

-- Eh bien! Quoi donc? Que t'arrive-t-il?

Les pleurs de la jeune femme redoublrent, elle se refusait
parler, envahie maintenant d'une confusion qui lui jetait tout le
sang de son coeur au visage. Et, enfin, balbutiante, se cachant
dans les bras grands ouverts, tendus vers elle:

-- Oh! Ma chrie, si tu savais... Jamais je n'oserais te dire...
Et pourtant je n'ai que toi, tu peux seule me donner peut-tre un
bon conseil...

Elle eut un frmissement, elle bgaya davantage.

-- J'tais avec Edmond... Alors, l'instant, Madame Delaherche
vient de me surprendre...

-- Comment, de te surprendre?

-- Oui, nous tions l, il me tenait, il m'embrassait...

Et, baisant Henriette, la serrant dans ses bras tremblants, elle
lui dit tout.

-- Oh! Ma chrie, ne me juge pas trop mal, a me ferait tant de
peine!... Je sais bien, je t'avais jur que a ne recommencerait
jamais. Mais tu as vu Edmond, il est si brave, et il est si joli!
Puis, songe donc, ce pauvre jeune homme, bless, malade, loin de
sa mre! Avec a, il n'a jamais t riche, on a tout mang chez
lui, pour le faire instruire... Je t'assure, je n'ai pas pu
refuser.

Henriette l'coutait, effare, ne revenant pas de sa surprise.

-- Comment! C'tait avec le petit sergent!... Mais, ma chre, tout
le monde te croit la matresse du Prussien!

Du coup, Gilberte se releva, s'essuya les yeux, protestant.

-- La matresse du Prussien... Ah! non, par exemple! Il est
affreux, il me rpugne... Pour qui me prend-On? comment peut-on me
croire capable d'une pareille infamie? Non, non, jamais!
j'aimerais mieux mourir!

Dans sa rvolte, elle tait devenue grave, d'une beaut
douloureuse et irrite qui la transfigurait. Et, brusquement, sa
gaiet coquette, son insoucieuse lgret revinrent, au milieu
d'un invincible rire.

-- Ca, c'est vrai, je m'amuse de lui. Il m'adore, et je n'ai qu'
le regarder, pour qu'il obisse... Si tu savais comme c'est drle,
de se moquer ainsi de ce gros homme, qui a toujours l'air de
croire qu'on va enfin le rcompenser!

-- Mais c'est un jeu trs dangereux, dit srieusement Henriette.

-- Crois-tu? Qu'est-ce que je risque? Lorsqu'il s'apercevra qu'il
ne doit compter sur rien, il ne pourra que se fcher et s'en
aller... Et puis, non! jamais il ne s'en apercevra! Tu ne connais
pas l'homme, il est de ceux avec lesquels les femmes vont aussi
loin qu'elles veulent, sans danger. Pour a, vois-tu, j'ai un sens
qui m'a toujours avertie. Il a bien trop de vanit, jamais il
n'admettra que je me sois moque de lui... Et tout ce que je lui
permettrai, ce sera d'emporter mon souvenir, avec la consolation
de se dire qu'il a agi correctement, en galant homme qui a
longtemps habit Paris.

Elle s'gayait, elle ajouta:

-- En attendant, il va faire remettre en libert l'oncle Fouchard,
et il n'aura pour sa peine qu'une tasse de th, sucre de ma main.

Mais, tout d'un coup, elle revint ses craintes, l'effroi
d'avoir t surprise. Des larmes reparurent au bord de ses
paupires.

-- Mon Dieu! Et Madame Delaherche? ... Que va-t-il se passer? Elle
ne m'aime gure, elle est capable de tout dire mon mari.

Henriette avait fini par se remettre. Elle essuya les yeux de son
amie, elle la fora de rparer le dsordre de ses vtements.

-- coute, ma chre, je n'ai pas la force de te gronder, et
pourtant tu sais si je te blme! Mais on m'avait fait une telle
peur avec ton Prussien, j'ai redout des choses si laides, que
l'autre histoire, ma foi! Est un soulagement... Calme-toi, tout
peut s'arranger.

C'tait fort sage, d'autant plus que Delaherche, presque aussitt,
entra avec sa mre. Il expliqua qu'il venait d'envoyer chercher la
voiture qui devait le conduire en Belgique, dcid prendre le
train pour Bruxelles, le soir mme. Il voulait donc faire ses
adieux sa femme. Puis, se tournant vers Henriette:

-- Soyez tranquille, Monsieur de Gartlauben, en me quittant, m'a
promis de s'occuper de votre oncle; et, quand je ne serai plus l,
ma femme fera le reste.

Depuis que Madame Delaherche tait entre, Gilberte ne la quittait
pas des yeux, le coeur serr d'angoisse. Allait-elle parler, dire
ce qu'elle venait de voir, empcher son fils de partir? La vieille
dame, silencieuse, avait, ds la porte, fix, elle aussi, les
regards sur sa belle-fille. Dans son rigorisme, elle prouvait
sans doute le soulagement qui avait rendu Henriette tolrante. Mon
Dieu! Puisque c'tait avec ce jeune homme, ce Franais qui s'tait
battu si bravement, ne devait-elle pas pardonner, comme elle avait
pardonn dj pour le capitaine Beaudoin? Ses yeux s'adoucirent,
elle dtourna la tte. Son fils pouvait s'absenter, Edmond
protgerait Gilberte contre le Prussien. Elle eut mme un faible
sourire, elle qui ne s'tait pas gaye depuis la bonne nouvelle
de Coulmiers.

-- Au revoir, dit-elle en embrassant Delaherche. Fais tes affaires
et reviens-nous vite.

Et elle s'en alla, elle rentra lentement, de l'autre ct du
palier, dans la chambre mure, o le colonel, de son air de
stupeur, regardait l'ombre, en dehors du ple rond de clart qui
tombait de la lampe.

Le soir mme, Henriette retourna Remilly; et, trois jours plus
tard, elle eut la joie de voir, un matin, le pre Fouchard rentrer
la ferme tranquillement, comme s'il revenait pied de conclure
un march dans le voisinage. Il s'assit, il mangea un morceau de
pain, avec du fromage. Puis, toutes les questions, il rpondit
sans hte, de l'air d'un homme qui n'avait jamais eu peur.
Pourquoi donc l'aurait-on retenu? Il n'avait rien fait de mal. Ce
n'tait pas lui qui avait tu le Prussien, n'est-ce pas? Alors, il
s'tait content de dire aux autorits: cherchez, moi je ne sais
rien. et il avait bien fallu le lcher, ainsi que le maire,
puisqu'on n'avait pas de preuves contre eux. Mais ses yeux de
paysan rus et goguenard luisaient, dans sa joie muette d'avoir
roul tous ces sales bougres, dont il commenait avoir assez,
prsent qu'ils le chicanaient sur la qualit de sa viande.

Dcembre s'acheva, Jean voulut partir. Maintenant, sa jambe tait
solide, le docteur dclarait qu'il pouvait aller se battre. Et ce
fut, pour Henriette, une grande peine, qu'elle s'effora de
cacher. Depuis la dsastreuse bataille de Champigny, aucune
nouvelle de Paris ne leur tait venue. Ils savaient simplement que
le rgiment de Maurice, expos un feu terrible, avait perdu
beaucoup d'hommes. Puis, toujours ce grand silence, aucune lettre,
jamais la moindre ligne pour eux, lorsqu'il savait que des
familles de Raucourt et de Sedan avaient reu des dpches, par
des voies dtournes. Peut-tre le pigeon qui portait les
nouvelles si ardemment attendues, avait-il rencontr quelque
pervier vorace; ou peut-tre tait-il tomb, la lisire d'un
bois, travers par la balle d'un Prussien. Mais, surtout, ce qui
les hantait, c'tait la crainte que Maurice ne ft mort. Ce
silence de la grande ville, l-bas, muette sous l'treinte de
l'investissement, tait devenu, dans l'angoisse de leur attente,
un silence de tombe. Ils avaient perdu l'espoir de rien apprendre,
et, lorsque Jean exprima sa volont formelle de partir, Henriette
n'eut que cette plainte sourde:

-- Mon Dieu! C'est donc fini, je vais donc rester seule!

Le dsir de Jean tait d'aller rejoindre l'arme du nord, que le
gnral Faidherbe venait de reconstituer. Depuis que le corps du
gnral de Manteuffel avait pouss jusqu' Dieppe, cette arme
dfendait trois dpartements spars du reste de la France, le
nord, le Pas-De-calais et la Somme; et le projet de Jean, d'une
excution facile, tait simplement de gagner Bouillon, puis de
faire le tour par la Belgique. Il savait qu'on achevait de former
le 23e corps, avec tous les anciens soldats de Sedan et de Metz
qu'on pouvait rallier. Il entendait dire que le gnral Faidherbe
reprenait l'offensive, et il fixa dfinitivement son dpart au
dimanche suivant, lorsqu'il apprit la bataille de Pont-Noyelle,
cette bataille au rsultat indcis, que les Franais avaient
failli gagner.

Ce fut encore le docteur Dalichamp qui offrit de le conduire
Bouillon, dans son cabriolet. Il tait d'un courage, d'une bont
inpuisables. Raucourt, que ravageait le typhus, apport par les
Bavarois, il avait des malades dans toutes les maisons, en dehors
des deux ambulances qu'il visitait, celle de Raucourt mme et
celle de Remilly. Son ardent patriotisme, son besoin de protester
contre les inutiles violences, l'avaient deux fois fait arrter,
puis relcher par les Prussiens.



Pages: | Prev | | 1 | | 2 | | 3 | | 4 | | 5 | | 6 | | 7 | | 8 | | 9 | | 10 | | 11 | | 12 | | 13 | | 14 | | 15 | | 16 | | 17 | | 18 | | 19 | | 20 | | 21 | | 22 | | 23 | | 24 | | 25 | | 26 | | 27 | | 28 | | 29 | | 30 | | 31 | | 32 | | 33 | | 34 | | 35 | | 36 | | 37 | | 38 | | 39 | | 40 | | 41 | | 42 | | 43 | | 44 | | 45 | | 46 | | 47 | | 48 | | 49 | | 50 | | 51 | | 52 | | 53 | | 54 | | 55 | | 56 | | 57 | | 58 | | 59 | | 60 | | 61 | | 62 | | 63 | | 64 | | 65 | | 66 | | 67 | | 68 | | 69 | | 70 | | 71 | | 72 | | 73 | | 74 | | 75 | | 76 | | 77 | | 78 | | 79 | | 80 | | 81 | | 82 | | 83 | | 84 | | 85 | | 86 | | 87 | | 88 | | 89 | | 90 | | 91 | | 92 | | 93 | | 94 | | 95 | | 96 | | 97 | | 98 | | 99 | | 100 | | 101 | | 102 | | 103 | | 104 | | 105 | | 106 | | 107 | | 108 | | 109 | | 110 | | 111 | | 112 | | 113 | | 114 | | 115 | | Next |


Keywords:
N O P Q R S T
U V W X Y Z 

Your last read book:

You dont read books at this site.