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Et, la vrit, elles
taient en train de devenir la terreur des paysans, qu'elles
dfendaient mal et dont elles ravageaient les champs. Par
excration du service militaire rgulier, tous les dclasss se
htaient d'en faire partie, heureux d'chapper la discipline, de
battre les buissons comme des bandits en goguette, dormant et
godaillant au hasard des routes. Dans certaines de ces compagnies,
le recrutement fut vraiment dplorable.

-- Eh! Cabasse, eh! Ducat, continuait rpter Sambuc, en se
retournant chaque pas, arrivez donc, feignants!

Ces deux-L aussi, Maurice les sentait terribles.

Cabasse, le grand sec, n Toulon, ancien garon de caf
Marseille, chou Sedan comme placier de produits du Midi, avait
failli tter de la police correctionnelle, toute une histoire de
vol reste obscure. Ducat, le petit gros, un ancien huissier de
Blainville, forc de vendre sa charge aprs des aventures
malpropres avec des petites filles, venait encore de risquer la
cour d'assises, pour les mmes ordures, Raucourt, o il tait
comptable, dans une fabrique. Ce dernier citait du latin, tandis
que l'autre savait peine lire; mais tous les deux faisaient la
paire, une paire inquitante de louches figures.

Dj, le camp s'veillait. Jean et Maurice conduisirent les
francs-tireurs au capitaine Beaudoin, qui les mena au colonel De
Vineuil.

Celui-ci les interrogea; mais Sambuc, conscient de son importance,
voulait absolument parler au gnral; et, comme le gnral
Bourgain-Desfeuilles, qui avait couch chez le cur d'Oches,
venait de paratre sur le seuil du presbytre, maussade de ce
rveil en pleine nuit, pour une journe nouvelle de famine et de
fatigue, il fit ces hommes qu'on lui amenait un accueil furieux.

-- D'o viennent-ils? Qu'est-ce qu'ils veulent? ... Ah! c'est
vous, les francs-tireurs! Encore des trane-la-patte, hein!

-- Mon gnral, expliqua Sambuc, sans se dconcerter, nous tenons
avec les camarades les bois de Dieulet...

-- O a, les bois de Dieulet?

-- Entre Stenay et Mouzon, mon gnral.

-- Stenay, Mouzon, connais pas, moi! Comment voulez-vous que je me
retrouve, avec tous ces noms nouveaux?

Gn, le colonel De Vineuil intervint discrtement, pour lui
rappeler que Stenay et Mouzon taient sur la Meuse, et que, les
allemands ayant occup la premire de ces villes, on allait
tenter, par le pont de la seconde, plus au nord, le passage du
fleuve.

-- Enfin, mon gnral, reprit Sambuc, nous sommes venus pour vous
avertir que les bois de Dieulet, cette heure, sont pleins de
Prussiens... Hier, comme le 5e corps quittait Bois-les-Dames, il a
eu un engagement, du ct de Nouart...

-- Comment! hier, on s'est battu?

-- Mais oui, mon gnral, le 5e corps s'est battu en se repliant,
et il doit tre, cette nuit, Beaumont... Alors, pendant que des
camarades sont alls le renseigner sur les mouvements de l'ennemi,
nous autres, nous avons eu l'ide de venir vous dire la situation,
pour que vous lui portiez secours, car il va avoir srement
soixante mille hommes sur les bras, demain matin.

Le gnral Bourgain-Desfeuilles, ce chiffre, haussa les paules.

-- Soixante mille hommes, fichtre! pourquoi pas cent mille? ...
Vous rvez, mon garon. La peur vous a fait voir double. Il ne
peut y avoir si prs de nous soixante mille hommes, nous le
saurions.

Et il s'entta. Vainement Sambuc appela son aide les tmoignages
de Ducat et de Cabasse.

-- Nous avons vu les canons, affirma le provenal. Et il faut que
ces bougres-l soient des enrags, pour les risquer dans les
chemins de la fort, o l'on enfonce jusqu'au mollet, cause de
la pluie de ces derniers jours.

-- Quelqu'un les guide, c'est sr, dclara l'ancien huissier.

Mais le gnral, depuis Vouziers, ne croyait plus la
concentration des deux armes allemandes, dont on lui avait,
disait-il, rebattu les oreilles. Et il ne jugea mme pas propos
de faire conduire les francs-tireurs au chef du 7e corps, qui du
reste ceux-ci croyaient avoir parl en sa personne. Si l'on avait
cout tous les paysans, tous les rdeurs, qui apportaient de
prtendus renseignements, on n'aurait plus fait un pas, sans tre
jet droite ou gauche, dans des aventures impossibles.
Cependant, il ordonna aux trois hommes de rester et d'accompagner
la colonne, puisqu'ils connaissaient le pays.

-- Tout de mme, dit Jean Maurice, comme ils revenaient plier la
tente, ce sont trois bons bougres, d'avoir fait quatre lieues
travers champs pour nous prvenir.

Le jeune homme en convint, et il leur donnait raison, connaissant
le pays, lui aussi, tourment d'une mortelle inquitude, l'ide
de savoir les Prussiens dans les bois de Dieulet, en branle vers
Sommauthe et Beaumont. Il s'tait assis, harass dj, avant
d'avoir march, l'estomac vide, le coeur serr d'angoisse,
l'aube de cette journe qu'il sentait devoir tre affreuse.

Dsespr de le voir si ple, le caporal lui demanda
paternellement:

-- Ca ne va toujours pas, hein? est-ce que c'est ton pied encore?

Maurice dit non, de la tte. Son pied allait tout fait mieux,
dans les larges souliers.

-- Alors, tu as faim?

Et Jean, voyant qu'il ne rpondait pas, tira, sans tre vu, l'un
des deux biscuits de son sac; puis, mentant avec simplicit:

-- Tiens, je t'ai gard ta part... Moi, j'ai mang l'autre tout
l'heure.

Le jour naissait, lorsque le 7e corps quitta Oches, en marche pour
Mouzon, par la Besace, o il aurait d coucher. D'abord, le
terrible convoi tait parti, accompagn par la premire division;
et, si les voitures du train, bien atteles, filaient d'un bon
pas, les autres, les voitures de rquisition, vides pour la
plupart et inutiles, s'attardaient singulirement dans les ctes
du dfil de Stonne. La route monte, surtout aprs le hameau de la
Berlire, entre des mamelons boiss qui la dominent. Vers huit
heures, au moment o les deux autres divisions s'branlaient
enfin, le marchal De Mac-Mahon parut, exaspr de trouver encore
l des troupes qu'il croyait parties de la Besace, le matin,
n'ayant faire que quelques kilomtres pour tre rendues
Mouzon. Aussi eut-il une explication vive avec le gnral Douay.
Il fut dcid qu'on laisserait la premire division et le convoi
continuer leur marche vers Mouzon; mais que les deux autres
divisions, pour ne pas tre retardes davantage, par cette lourde
avant-garde, si lente, prendraient la route de Raucourt et
d'Autrecourt, afin d'aller passer la Meuse Villers. C'tait, de
nouveau, remonter vers le nord, dans la hte que le marchal avait
de mettre le fleuve entre son arme et l'ennemi. Cote que cote,
il fallait tre sur la rive droite le soir. Et l'arrire-garde
tait encore Oches, quand une batterie Prussienne, d'un sommet
lointain, du ct de Saint-Pierremont, tira, recommenant le jeu
de la veille. D'abord, on eut le tort de rpondre; puis, les
dernires troupes se replirent.

Jusque vers onze heures, le 106e suivit lentement la route qui
serpente au fond du dfil de Stonne, entre les hauts mamelons.
Sur la gauche, les crtes s'lvent, dnudes, escarpes, tandis
que des bois, droite, descendent les pentes plus douces. Le
soleil avait reparu, il faisait trs chaud, dans cette valle
troite, d'une solitude lourde. Aprs la Berlire, que domine un
calvaire grand et triste, il n'y a plus une ferme, plus une me,
plus une bte paissant dans les prs. Et les hommes, si las dj
et si affams la veille, ayant peine dormi et n'ayant rien
mang, tiraient dj la jambe, sans courage, dbordant d'une
colre sourde.

Puis, brusquement, comme on faisait halte, au bord de la route, le
canon tonna, vers la droite. Les coups taient si nets, si
profonds, que le combat ne devait pas tre plus de deux lieues.
Sur ces hommes las de se replier, nervs par l'attente, l'effet
fut extraordinaire. Tous, debout, frmissaient, oubliant leur
fatigue: pourquoi ne marchait-on pas? Ils voulaient se battre, se
faire casser la tte, plutt que de continuer fuir ainsi la
dbandade, sans savoir o, ni pourquoi.

Le gnral Bourgain-Desfeuilles venait prcisment de monter,
droite, sur un mamelon, emmenant avec lui le colonel De Vineuil,
afin de reconnatre le pays. On les voyait l-haut, entre deux
petits bois, leurs lorgnettes braques; et, tout de suite, ils
dpchrent un aide de camp qui se trouvait avec eux, pour dire
qu'on leur envoyt les francs-tireurs, s'ils taient l encore.
Quelques hommes, Jean, Maurice, d'autres, accompagnrent ceux-ci,
dans le cas o l'on aurait besoin d'une aide quelconque.

Ds que le gnral aperut Sambuc, il cria:

-- Quel fichu pays, avec ces ctes et ces bois continuels!... Vous
entendez, o est-ce, o se bat-on?

Sambuc, que Ducat et Cabasse ne lchaient pas d'une semelle,
couta, examina un instant sans rpondre le vaste horizon. Et
Maurice, prs de lui, regardait galement, saisi de l'immense
droulement des vallons et des bois. On aurait dit une mer sans
fin, aux vagues normes et lentes. Les forts tachaient de vert
sombre les terres jaunes, tandis que les coteaux lointains, sous
l'ardent soleil, se noyaient dans une vapeur rousse. Et, sans
qu'on apert rien, pas mme une petite fume au fond du ciel
clair, le canon tonnait toujours, tout un fracas d'orage loign
et grandissant.

-- Voici Sommauthe droite, finit par dire Sambuc, en dsignant
un haut sommet, couronn de verdure. Yoncq est l, sur la
gauche... C'est Beaumont qu'on se bat, mon gnral.

-- Oui, Varnifort ou Beaumont, confirma Ducat.

Le gnral mchait de sourdes paroles.

-- Beaumont, Beaumont, on ne sait jamais dans ce sacr pays...
Puis, tout haut:

-- Et combien ce Beaumont est-il d'ici?

-- une dizaine de kilomtres, en allant prendre la route du
Chesne Stenay, qui passe l-bas.

Le canon ne cessait pas, semblait avancer de l'ouest l'est, dans
un roulement ininterrompu de foudre. Et Sambuc ajouta:

-- Bigre! Ca chauffe... Je m'y attendais, je vous avais prvenu ce
matin, mon gnral: c'est srement les batteries que nous avons
vues dans les bois de Dieulet.



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