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Text on one page: Few Medium Many
tait-ce le: marche!
Marche! L'ordre terrible cri de Paris, qui avait pouss cet homme
d'tape en tape, tranant par les chemins de la dfaite l'ironie
de son impriale escorte, accul maintenant l'effroyable
dsastre qu'il prvoyait et qu'il tait venu chercher? Que de
braves gens allaient mourir par sa faute, et quel bouleversement
de tout l'tre, chez ce malade, ce rveur sentimental, silencieux
dans la morne attente de la destine!

Weiss et Delaherche accompagnrent les deux soldats jusqu'au
plateau de Floing.

-- Adieu! dit Maurice, en embrassant son beau-frre.

-- Non, non! au revoir, que diable! s'cria gaiement le fabricant.

Jean, tout de suite, avec son flair, trouva le 106e, dont les
tentes s'alignaient sur la pente du plateau, derrire le
cimetire. La nuit tait presque tombe; mais on distinguait
encore, par grandes masses, l'amas sombre des toitures de la
ville, puis, au del, Balan et Bazeilles, dans les prairies qui se
droulaient jusqu' la ligne des coteaux, de Remilly Frnois;
tandis que, sur la gauche, s'tendait la tache noire du bois de la
Garenne, et que, sur la droite, en bas, luisait le large ruban
ple de la Meuse. Un instant, Maurice regarda cet immense horizon
s'anantir dans les tnbres.

-- Ah! voici le caporal! dit Chouteau. Est-ce qu'il revient de la
distribution?

Il y eut une rumeur. Toute la journe, des hommes s'taient
rallis, les uns seuls, les autres par petits groupes, dans une
telle bousculade, que les chefs avaient renonc mme demander
des explications. Ils fermaient les yeux, heureux encore
d'accepter ceux qui voulaient bien revenir. Le capitaine Beaudoin,
d'ailleurs, arrivait peine, et le lieutenant Rochas n'avait
ramen que vers deux heures la compagnie dbande, rduite des
deux tiers. Maintenant, elle se retrouvait peu prs au complet.
Quelques soldats taient ivres, d'autres restaient jeun, n'ayant
pu se procurer un morceau de pain; et les distributions, une fois
de plus, venaient de manquer. Loubet, pourtant, s'tait ingni
faire cuire des choux, arrachs dans un jardin du voisinage; mais
il n'avait ni sel ni graisse, les estomacs continuaient crier
famine.

-- Voyons, mon caporal, vous qui tes un malin! rptait Chouteau
goguenard. Oh! ce n'est pas pour moi, j'ai trs bien djeun avec
Loubet, chez une dame.

Des faces anxieuses se tournaient vers Jean, l'escouade l'avait
attendu, Lapoulle et Pache surtout, malchanceux, n'ayant rien
attrap, comptant sur lui, qui aurait tir de la farine des
pierres, comme ils disaient. Et Jean, apitoy, la conscience
bourrele d'avoir abandonn ses hommes, leur partagea la moiti de
pain qu'il avait dans son sac.

-- Nom de Dieu! nom de Dieu! rpta Lapoulle dvorant, ne trouvant
pas d'autre mot, dans le grognement de sa satisfaction, tandis que
Pache disait tout bas un pater et un ave, pour tre certain que le
ciel, le lendemain, lui enverrait encore sa nourriture.

Le clairon Gaude venait de sonner l'appel, toute fanfare. Mais
il n'y eut point de retraite, le camp tout de suite tomba dans un
grand silence. Et ce fut, lorsqu'il eut constat que sa demi-
section tait au complet, que le sergent Sapin, avec sa mince
figure maladive et son nez pinc, dit doucement:

-- Demain soir, il en manquera.

Puis, comme Jean le regardait, il ajouta avec une tranquille
certitude, les yeux au loin dans l'ombre:

-- Oh! moi, demain, je serai tu.

Il tait neuf heures, la nuit menaait d'tre glaciale, car des
brumes taient montes de la Meuse, cachant les toiles. Et
Maurice, couch prs de Jean, au pied d'une haie, frissonna, en
disant qu'on ferait bien d'aller s'allonger sous la tente. Mais,
briss, plus courbaturs encore, depuis le repos qu'ils avaient
pris, ni l'un ni l'autre ne pouvait dormir. ct d'eux, ils
enviaient le lieutenant Rochas, qui, ddaigneux de tout abri,
simplement envelopp d'une couverture, ronflait en hros, sur la
terre humide. Longtemps, ensuite, ils s'intressrent la petite
flamme d'une bougie, qui brlait dans une grande tente, o
veillaient le colonel et quelques officiers. Toute la soire, M De
Vineuil avait paru trs inquiet de ne pas recevoir d'ordre, pour
le lendemain matin. Il sentait son rgiment en l'air, trop en
avant, bien qu'il et recul dj, abandonnant le poste avanc,
occup le matin. Le gnral Bourgain-Desfeuilles n'avait pas paru,
malade, disait-on, couch l'htel de la croix d'or; et le
colonel dut se dcider lui envoyer un officier, pour l'avertir
que la nouvelle position paraissait dangereuse, dans
l'parpillement du 7e corps, forc de dfendre une ligne trop
tendue, de la boucle de la Meuse au bois de la Garenne.
Certainement, ds le jour, la bataille serait livre. On n'avait
plus devant soi que sept ou huit heures de ce grand calme noir.
Maurice fut tout tonn, comme la petite clart s'teignait dans
la tente du colonel, de voir le capitaine Beaudoin passer prs de
lui, le long de la haie, d'un pas furtif, et disparatre vers
Sedan.

De plus en plus, la nuit s'paississait, les grandes vapeurs,
montes du fleuve, l'obscurcissaient toute d'un morne brouillard.

-- Dors-tu, Jean?

Jean dormait, et Maurice resta seul. L'ide d'aller rejoindre
Lapoulle et les autres, sous la tente, lui causait une lassitude.
Il coutait leurs ronflements rpondre ceux de Rochas, il les
jalousait. Peut-tre que, si les grands capitaines dorment bien,
la veille d'une bataille, c'est simplement qu'ils sont fatigus.
Du camp immense, noy de tnbres, il n'entendait s'exhaler que
cette grosse haleine du sommeil, un souffle norme et doux. Plus
rien n'tait, il savait seulement que le 5e corps devait camper
par l, sous les remparts, que le 1er s'tendait du bois de la
Garenne au village de la Moncelle, tandis que le 12e, de l'autre
ct de la ville, occupait Bazeilles; et tout dormait, la lente
palpitation venait des premires aux dernires tentes, du fond
vague de l'ombre, plus d'une lieue. Puis, au del, c'tait un
autre inconnu, dont les bruits lui parvenaient aussi par moments,
si lointains, si lgers, qu'il aurait pu croire un simple
bourdonnement de ses oreilles: galop perdu de cavalerie, roulement
affaibli de canons, surtout marche pesante d'hommes, le dfil sur
les hauteurs de la noire fourmilire humaine, cet envahissement,
cet enveloppement que la nuit elle-mme n'avait pu arrter. Et,
l-bas, n'taient-ce pas encore des feux brusques qui
s'teignaient, des voix parses jetant des cris, toute une
angoisse grandissant, emplissant cette nuit dernire, dans
l'attente pouvante du jour?

Maurice, d'une main ttonnante, avait pris la main de Jean. Alors,
seulement, rassur, il s'endormit. Il n'y eut, au loin, plus qu'un
clocher de Sedan, dont les heures tombrent une une.




Deuxime partie




I


Bazeilles, dans la petite chambre noire, un brusque branlement
fit sauter Weiss de son lit. Il couta, c'tait le canon. D'une
main ttonnante, il dut allumer la bougie, pour regarder l'heure
sa montre: quatre heures, le jour naissait peine. Vivement, il
prit son binocle, enfila d'un coup d'oeil la grande rue, la route
de Douzy qui traverse le village; mais une sorte de poussire
paisse l'emplissait, on ne distinguait rien. Alors, il passa dans
l'autre chambre, dont la fentre ouvrait sur les prs, vers la
Meuse; et, l, il comprit que des vapeurs matinales montaient du
fleuve, noyant l'horizon. Le canon tonnait plus fort, l-bas,
derrire ce voile, de l'autre ct de l'eau. Tout d'un coup, une
batterie Franaise rpondit, si voisine et d'un tel fracas, que
les murs de la petite maison tremblrent.

La maison des Weiss se trouvait vers le milieu de Bazeilles,
droite, avant d'arriver la place de l'glise. La faade, un peu
en retrait, donnait sur la route, un seul tage de trois fentres,
surmont d'un grenier; mais, derrire, il y avait un jardin assez
vaste, dont la pente descendait vers les prairies, et d'o l'on
dcouvrait l'immense panorama des coteaux, depuis Remilly jusqu'
Frnois. Et Weiss, dans sa ferveur de nouveau propritaire, ne
s'tait gure couch que vers deux heures du matin, aprs avoir
enfoui dans sa cave toutes les provisions et s'tre ingni
protger les meubles autant que possible contre les balles, en
garnissant les fentres de matelas. Une colre montait en lui,
l'ide que les Prussiens pouvaient venir saccager cette maison si
dsire, si difficilement acquise et dont il avait encore joui si
peu.

Mais une voix l'appelait, sur la route.

-- Dites donc, Weiss, vous entendez?

En bas, il trouva Delaherche, qui avait voulu galement coucher
sa teinturerie, un grand btiment de briques, dont le mur tait
mitoyen. Du reste, tous les ouvriers avaient fui travers bois,
gagnant la Belgique; et il ne restait l, comme gardienne, que la
concierge, la veuve d'un maon, nomme Franoise Quittard. Encore,
tremblante, perdue, aurait-elle fil avec les autres, si elle
n'avait pas eu son garon, le petit Auguste, un gamin de dix ans,
si malade d'une fivre typhode, qu'il n'tait pas transportable.

-- Dites donc, rpta Delaherche, vous entendez, a commence
bien... Il serait sage de rentrer tout de suite Sedan.

Weiss avait formellement promis sa femme de quitter Bazeilles au
premier danger srieux, et il tait alors trs rsolu tenir sa
promesse. Mais ce n'tait encore l qu'un combat d'artillerie,
grande porte et un peu au hasard, dans les brumes du petit jour.

-- Attendons, que diable! Rpondit-il. Rien ne presse.

D'ailleurs, la curiosit de Delaherche tait si vive, si agite,
qu'il en devenait brave. Lui, n'avait pas ferm l'oeil, trs
intress par les prparatifs de dfense. Prvenu qu'il serait
attaqu ds l'aube, le gnral Lebrun, qui commandait le 12e
corps, venait d'employer la nuit se retrancher dans Bazeilles,
dont il avait l'ordre d'empcher tout prix l'occupation. Des
barricades barraient la route et les rues; des garnisons de
quelques hommes occupaient toutes les maisons; chaque ruelle,
chaque jardin se trouvait transform en forteresse.



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