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Eh
quoi! Le marchal De Mac-Mahon bless, le gnral Ducrot
commandant sa place, toute l'arme en retraite au nord de Sedan!
Et ces faits si graves, ignors des pauvres diables de soldats en
train de se faire tuer! Et cette partie effroyable, livre ainsi
au hasard d'un accident, au caprice d'une direction nouvelle! Il
sentit la confusion, le dsarroi final o tombait l'arme, sans
chef, sans plan, tiraille en tous sens; pendant que les allemands
allaient droit leur but, avec leur rectitude, d'une prcision de
machine.

Dj, le gnral Bourgain-Desfeuilles s'loignait, lorsque le
gnral Douay, qui venait de recevoir un nouveau message, apport
par un hussard couvert de poussire, le rappela violemment.

-- Gnral! gnral!

Sa voix tait si haute, si tonnante de surprise et d'motion,
qu'elle dominait le bruit de l'artillerie.

-- Gnral! Ce n'est plus Ducrot qui commande, c'est Wimpffen!...
Oui, il est arriv hier, en plein dans la droute de Beaumont,
pour remplacer De Failly la tte du 5e corps... Et il m'crit
qu'il avait une lettre de service du ministre de la guerre, le
mettant la tte de l'arme, dans le cas o le commandement
viendrait tre libre... Et l'on ne se replie plus, les ordres
sont de regagner et de dfendre nos positions premires.

Les yeux arrondis, le gnral Bourgain-Desfeuilles coutait.

-- Nom de Dieu! dit-il enfin, faudrait savoir... Moi, je m'en fous
d'ailleurs!

Et il galopa, rellement insoucieux au fond, n'ayant vu dans la
guerre qu'un moyen rapide de passer gnral de division, gardant
la seule hte que cette bte de campagne s'achevt au plus tt,
depuis qu'elle apportait si peu de contentement tout le monde.

Alors, parmi les soldats de la compagnie Beaudoin, ce fut une
rise. Maurice ne disait rien, mais il tait de l'avis de Chouteau
et de Loubet, qui blaguaient, dbordants de mpris. hue, dia!
Va comme je te pousse! En v'l des chefs qui s'entendaient et qui
ne tiraient pas la couverture eux! est-ce que le mieux n'tait
pas d'aller se coucher, quand on avait des chefs pareils? Trois
commandants en deux heures, trois gaillards qui ne savaient pas
mme au juste ce qu'il y avait faire et qui donnaient des ordres
diffrents! Non, vrai, c'tait ficher en colre et dmoraliser
le bon Dieu en personne! Et les accusations fatales de trahison
revenaient, Ducrot et Wimpffen voulaient gagner les trois millions
de Bismarck, comme Mac-Mahon.

Le gnral Douay tait rest, en avant de son tat-major, seul et
les regards au loin, sur les positions Prussiennes, dans une
rverie d'une infinie tristesse. Longtemps, il examina le Hattoy,
dont les obus tombaient ses pieds. Puis, aprs s'tre tourn
vers le plateau d'Illy, il appela un officier, pour porter un
ordre, l-bas, la brigade du 5e corps, qu'il avait demande la
veille au gnral de Wimpffen, et qui le reliait la gauche du
gnral Ducrot. Et on l'entendit encore dire nettement:

-- Si les Prussiens s'emparaient du calvaire, nous ne pourrions
rester une heure ici, nous serions rejets dans Sedan.

Il partit, disparut avec son escorte, au coude du chemin creux, et
le feu redoubla. On l'avait aperu sans doute. Les obus, qui,
jusque-l, n'taient arrivs que de face, se mirent pleuvoir par
le travers, venant de la gauche. C'taient les batteries de
Frnois, et une autre batterie, installe dans la presqu'le
d'Iges, qui croisaient leurs salves avec celles du Hattoy. Tout le
plateau de l'Algrie en tait balay. Ds lors, la position de la
compagnie devint terrible. Les hommes, occups surveiller ce qui
se passait en face d'eux, eurent cette autre inquitude dans leur
dos, ne sachant quelle menace chapper. Coup sur coup, trois
hommes furent tus, deux blesss hurlrent.

Et ce fut ainsi que le sergent Sapin reut la mort, qu'il
attendait. Il s'tait tourn, il vit venir l'obus, lorsqu'il ne
pouvait plus l'viter.

-- Ah! voil! dit-il simplement.

Sa petite figure, aux grands beaux yeux, n'tait que profondment
triste, sans terreur. Il eut le ventre ouvert. Et il se lamenta.

-- Oh! ne me laissez pas, emportez-moi l'ambulance, je vous en
supplie... Emportez-moi.

Rochas voulut le faire taire. Brutalement, il allait lui dire
qu'avec une blessure pareille, on ne drangeait pas inutilement
deux camarades. Puis, apitoy:

-- Mon pauvre garon, attendez un peu que des brancardiers
viennent vous prendre.

Mais le misrable continuait, pleurait maintenant, perdu du
bonheur rv qui s'en allait avec son sang.

-- Emportez-moi, emportez-moi...

Et le capitaine Beaudoin, dont cette plainte exasprait sans doute
les nerfs en rvolte, demanda deux hommes de bonne volont, pour
le porter un petit bois voisin, o il devait y avoir une
ambulance volante. D'un bond, prvenant les autres, Chouteau et
Loubet s'taient levs, avaient saisi le sergent, l'un par les
paules, l'autre par les pieds; et ils l'emportrent, au grand
trot. Mais, en chemin, ils le sentirent qui se raidissait, qui
expirait, dans une secousse dernire.

-- Dis donc, il est mort, dclara Loubet. Lchons-le.

Chouteau, furieusement, s'obstinait.

-- Veux-tu bien courir, feignant! Plus souvent que je le lche
ici, pour qu'on nous rappelle!

Ils continurent leur course avec le cadavre, jusqu'au petit bois,
le jetrent au pied d'un arbre, s'loignrent. On ne les revit que
le soir.

Le feu redoublait, la batterie voisine venait d'tre renforce de
deux pices; et, dans ce fracas croissant, la peur, la peur folle
s'empara de Maurice. Il n'avait pas eu d'abord cette sueur froide,
cette dfaillance douloureuse au creux de l'estomac, cet
irrsistible besoin de se lever, de s'en aller au galop, hurlant.
Sans doute, maintenant, n'y avait-il l qu'un effet de la
rflexion, ainsi qu'il arrive chez les natures affines et
nerveuses. Mais Jean, qui le surveillait, le saisit de sa forte
main, le garda rudement prs de lui, en lisant cette crise lche,
dans le vacillement trouble de ses yeux. Il l'injuriait tout bas,
paternellement, tchait de lui faire honte, en paroles violentes,
car il savait que c'est coups de pied qu'on rend le courage aux
hommes. D'autres aussi grelottaient, Pache qui avait des larmes
plein les yeux, qui se lamentait d'une plainte involontaire et
douce, d'un cri de petit enfant, qu'il ne pouvait retenir. Et il
arriva Lapoulle un accident, un tel bouleversement d'entrailles,
qu'il se dculotta, sans avoir le temps de gagner la haie voisine.
On le hua, on jeta des poignes de terre sa nudit, tale ainsi
aux balles et aux obus. Beaucoup taient pris de la sorte, se
soulageaient, au milieu d'normes plaisanteries, qui rendaient du
courage tous.

-- Bougre de lche, rptait Jean Maurice, tu ne vas pas tre
malade comme eux... Je te fous ma main sur la figure, moi! Si tu
ne te conduis pas bien.

Il le rchauffait par ces bourrades, lorsque, brusquement,
quatre cents mtres devant eux, ils aperurent une dizaine
d'hommes, vtus d'uniformes sombres, sortant d'un petit bois.
C'taient enfin des Prussiens, dont ils reconnaissaient les
casques pointe, les premiers Prussiens qu'ils voyaient depuis le
commencement de la campagne, porte de leurs fusils. D'autres
escouades suivirent la premire; et, devant elles, on distinguait
les petites fumes de poussire, que les obus soulevaient du sol.
Tout cela tait fin et prcis, les Prussiens avaient une nettet
dlicate, pareils de petits soldats de plomb, rangs en bon
ordre. Puis, comme les obus pleuvaient plus fort, ils reculrent,
ils disparurent de nouveau derrire les arbres.

Mais la compagnie Beaudoin les avait vus, et elle les voyait
toujours l. Les chassepots taient partis d'eux-mmes. Maurice,
le premier, dchargea le sien. Jean, Pache, Lapoulle, tous les
autres l'imitrent. Il n'y avait pas eu d'ordre, le capitaine
voulut arrter le feu; et il ne cda que sur un grand geste de
Rochas, disant la ncessit de ce soulagement. Enfin, on tirait
donc, on employait donc ces cartouches qu'on promenait depuis plus
d'un mois, sans en brler une seule! Maurice surtout en tait
ragaillardi, occupant sa peur, s'tourdissant des dtonations. La
lisire du bois restait morne, pas une feuille ne bougeait, pas un
Prussien n'avait reparu; et l'on tirait toujours sur les arbres
immobiles.

Puis, ayant lev la tte, Maurice fut surpris d'apercevoir
quelques pas le colonel De Vineuil, sur son grand cheval, l'homme
et la bte impassibles, comme s'ils taient de pierre. Face
l'ennemi, le colonel attendait sous les balles. Tout le 106e
devait s'tre repli l, d'autres compagnies taient terres dans
les champs voisins, la fusillade gagnait de proche en proche. Et
le jeune homme vit aussi, un peu en arrire, le drapeau, au bras
solide du sous-lieutenant qui le portait. Mais ce n'tait plus le
fantme de drapeau, noy dans le brouillard du matin. Sous le
soleil ardent, l'aigle dore rayonnait, la soie des trois couleurs
clatait en notes vives, malgr l'usure glorieuse des batailles.
En plein ciel bleu, au vent de la canonnade, il flottait comme un
drapeau de victoire.

Pourquoi ne vaincrait-on pas, maintenant qu'on se battait? Et
Maurice, et tous les autres, s'enrageaient, brlaient leur poudre,
fusiller le bois lointain, o tombait une pluie lente et
silencieuse de petites branches.




III


Henriette ne put dormir de la nuit. La pense de savoir son mari
Bazeilles, si prs des lignes allemandes, la tourmentait.
Vainement, elle se rptait sa promesse de revenir au premier
danger; et, chaque instant, elle tendait l'oreille, croyant
l'entendre. Vers dix heures, au moment de se mettre au lit, elle
ouvrit la fentre, s'accouda, s'oublia.

La nuit tait trs sombre, peine distinguait-elle, en bas, le
pav de la rue des Voyards, un troit couloir obscur, trangl
entre les vieilles maisons. Au loin, du ct du collge, il n'y
avait que l'toile fumeuse d'un rverbre. Et il montait de l un
souffle salptr de cave, le miaulement d'un chat en colre, des
pas lourds de soldat gar. Puis, dans Sedan entier, derrire
elle, c'taient des bruits inaccoutums, des galops brusques, des
grondements continus, qui passaient comme des frissons de mort.
Elle coutait, son coeur battait grands coups, et elle ne
reconnaissait toujours point le pas de son mari, au dtour de la
rue.

Des heures s'coulrent, elle s'inquitait maintenant des
lointaines lueurs aperues dans la campagne, par-dessus les
remparts.



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