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Text on one page: Few Medium Many
Et Hubertine lisait clairement en elle, voyait se former et se
suivre une une les penses, sous ce front candide, comme sous le
cristal d'une eau pure.

neuf heures, un coup de sonnette les tonna. C'tait l'abb Cornille.
Malgr sa fatigue, il venait leur dire que Monseigneur avait beaucoup
admir les trois anciens panneaux de broderie.

--Oui, il en a parl devant moi. Je savais que vous seriez heureux de
l'apprendre.

Anglique, qui, au nom de Monseigneur, s'tait intresse, retomba dans
sa songerie, ds que l'on causa de la procession.

Puis, au bout de quelques minutes, elle se mit debout.

--O vas-tu donc? interrogea Hubertine.

Cette question la surprit, comme si elle-mme ne se ft pas demand
pourquoi elle se levait.

--Mre, je monte, je suis trs lasse.

Et, derrire cette excuse, Hubertine devinait la vraie raison, le besoin
d'tre seule, avec son bonheur.

--Viens m'embrasser.

Lorsqu'elle la tint serre contre elle, dans ses bras, elle la sentit
frmir. Son baiser de chaque soir se droba presque.

Alors, trs grave, elle la regarda en face, elle lut dans ses yeux le
rendez-vous accept, la fivre de s'y rendre.

--Sois sage, dors bien.

Mais dj Anglique, aprs un rapide bonsoir Hubert et l'abb
Cornille, montait dans sa chambre, perdue, tellement elle avait senti
son secret au bord de ses lvres. Si sa mre l'avait garde une seconde
encore contre son coeur, elle aurait parl.

Quand elle se fut enferme double tour, la lumire la blessa, elle
souffla sa bougie. La lune se levait de plus en plus tard, la nuit tait
trs sombre. Et, sans se dshabiller, assise devant la fentre ouverte
sur les tnbres, elle attendit pendant des heures. Les minutes
s'coulaient remplies, la mme ide suffisait l'occuper: elle
descendrait le rejoindre, quand minuit sonnerait. Cela se ferait trs
naturellement, elle se voyait agir, pas pas, geste geste, avec cette
aisance qu'on a dans les songes. Presque tout de suite, elle avait
entendu partir l'abb Cornille. Ensuite, les Hubert taient monts
leur tour. Deux fois, il lui sembla que leur chambre se rouvrait, que
des pieds furtifs s'avanaient jusqu' l'escalier, comme si quelqu'un
ft venu couter l, un instant. Puis, la maison parut s'anantir dans
un sommeil profond. Lorsque l'heure eut sonn, Anglique se leva.

--Allons, il m'attend.

Et elle ouvrit sa porte, qu'elle ne referma mme pas. Dans l'escalier,
en passant devant la chambre des Hubert, elle prta l'oreille; mais elle
n'entendit rien, rien que le frisson du silence. D'ailleurs, elle tait
trs l'aise, sans effarement ni hte, n'ayant point conscience d'tre
en faute. Une force la menait, cela lui semblait tellement simple, que
l'ide d'un danger l'aurait fait sourire. En bas, elle sortit dans le
jardin, par la cuisine, et elle oublia encore de refermer le volet.
Puis, de son allure rapide, elle gagna la petite porte qui donnait sur
le Clos-Marie, la laissa galement toute grande derrire elle. Dans le
clos, malgr l'ombre paisse, elle n'eut pas une hsitation, marcha
droit la planche, traversa la Chevrotte, se dirigea ttons comme
dans un lieu familier, o chaque arbre lui tait connu.

Et, tournant droite, sous un saule, elle n'eut qu' tendre les mains
pour rencontrer les mains de celui qu'elle savait tre l, l'attendre.

Un instant, muette, Anglique serra dans les siennes les mains de
Flicien. Ils ne pouvaient se voir, le ciel s'tait couvert d'une nue
de chaleur, que la lune son lever, amincie, n'clairait pas encore. Et
elle parla dans les tnbres, tout son coeur se soulagea de sa grande
joie.

--Ah! mon cher seigneur, que je vous aime et que je vous remercie!... Elle
riait de le connatre enfin, elle le remerciait d'tre jeune, beau,
riche, plus encore qu'elle ne l'esprait. C'tait une gaiet sonnante,
le cri d'merveillement et de gratitude devant ce cadeau d'amour que lui
faisait son rve.

--Vous tes le roi, vous tes mon matre, et me voici vous, je n'ai
que le regret d'tre si peu.... Mais j'ai l'orgueil de vous appartenir,
cela suffit que vous m'aimiez, pour que je sois reine mon tour....
J'avais beau savoir et vous attendre, mon coeur s'est largi, depuis que
vous y tes devenu si grand.... Ah! mon cher seigneur, que je vous
remercie et que je vous aime!

Alors, doucement, il lui passa son bras la taille, il l'emmena, en
disant:

--Venez chez moi.

Il lui fit gagner le fond du Clos-Marie, au travers des herbes folles;
et elle s'expliqua comment il passait chaque soir par la vieille grille
de l'vch, condamne autrefois. Il avait laiss cette grille ouverte,
il l'introduisit son bras dans le grand jardin de Monseigneur. Au
ciel, la lune peu peu montante, cache derrire le voile de vapeurs
chaudes, les blanchissait d'une transparence laiteuse. Toute la vote,
sans une toile, en tait emplie d'une poussire de clart, qui pleuvait
muette dans la srnit de la nuit. Lentement, ils remontrent la
Chevrotte, dont le cours traversait le parc; mais ce n'tait plus le
ruisseau rapide, prcipit sur une pente caillouteuse; c'tait une eau
calme, une eau alanguie, errant parmi des touffes d'arbres. Et, sous la
nue lumineuse, entre ces arbres baigns et flottants, la rivire
lysenne semblait se drouler dans un rve.

Anglique avait repris, joyeusement:

--Je suis fire et si heureuse d'tre ainsi, votre bras!

Flicien, ravi de tant de simplicit et de charme, l'coutait s'exprimer
sans gne, ne rien cacher, dire tout haut ce qu'elle pensait, dans la
navet de son coeur.

--Ah! chre me, c'est moi qui dois vous tre reconnaissant de ce que
vous voulez bien m'aimer un peu, si gentiment....

Dites-moi encore comment vous m'aimez, dites-moi ce qui s'est pass en
vous, lorsque vous avez su enfin qui j'tais.

Mais, d'un joli geste d'impatience, elle l'interrompit:

--Non, non, parlons de vous, rien que de vous. Est-ce que je compte,
moi? est-ce que a importe, ce que je suis, ce que je pense?... C'est
vous seul qui existez maintenant.

Et, se serrant contre lui, ralentissant le pas, le long de la rivire
enchante, elle l'interrogeait sans fin, elle voulait tout connatre,
son enfance, sa jeunesse, les vingt annes qu'il avait vcues loin de
son pre.

--Je sais que votre mre est morte votre naissance, et que vous avez
grandi chez un oncle, un vieil abb... Je sais que Monseigneur refusait
de vous revoir.

Il parla trs bas, d'une voix lointaine, qui semblait monter du pass.

--Oui, mon pre avait ador ma mre, j'tais coupable d'tre venu et de
l'avoir tue.... Mon oncle m'levait dans l'ignorance de ma famille,
durement, comme si j'avais t un enfant pauvre, confi ses soins. Je
n'ai su la vrit que trs tard, il y a deux ans peine.... Mais cela ne
m'a pas surpris, je sentais cette grande fortune derrire moi. Tout
travail rgulier m'ennuyait, je n'tais bon qu' courir les champs.
Puis, s'est dclare ma passion pour les vitraux de notre petite
glise....

Elle riait, et il s'gaya aussi.

--Je suis un ouvrier comme vous, j'avais dcid que je gagnerais ma vie
peindre des vitraux, lorsque tout cet argent s'est croul sur moi....
Et mon pre montrait tant de chagrin, les jours o l'oncle lui crivait
que j'tais un diable, que jamais je n'entrerais dans les ordres!
C'tait sa volont formelle, de me voir prtre, peut-tre l'ide que je
rachterais par l le meurtre de ma mre. Il s'est rendu pourtant, il
m'a rappel prs de lui....

Ah! vivre, vivre, que c'est bon! Vivre pour aimer et tre aim!

Sa jeunesse bien-portante et vierge vibra dans ce cri, dont frissonna la
nuit calme. Il tait la passion, la passion dont sa mre tait morte, la
passion qui l'avait jet ce premier amour, clos du mystre. Toute sa
fougue y aboutissait, sa beaut, sa loyaut, son ignorance et son dsir
gourmand de la vie.

--J'tais comme vous, j'attendais, et la nuit o vous vous tes montre
votre fentre, je vous ai reconnue aussi....

Dites-moi ce que vous rviez, contez-moi vos journes d'auparavant....

Mais, de nouveau, elle lui ferma la bouche.

--Non, parlons de vous, rien que de vous. Je voudrais que rien de vous
ne me restt cach... Que je vous tienne, que je vous aime tout entier!
Et elle ne se lassait pas de l'entendre parler de lui, dans une joie
extasie le connatre, adorante comme une sainte fille aux pieds de
Jsus. Et ni l'un ni l'autre ne se fatiguaient de rpter les mmes
choses, l'infini, comment ils s'taient aims, comment ils s'aimaient.
Les mots revenaient pareils, toujours nouveaux, prenant des sens
imprvus, insondables. Leur bonheur grandissait y descendre, en
goter la musique sur leurs lvres. Il lui confessa le charme o elle le
tenait avec sa voix seule, si touch, qu'il n'tait plus, que son
esclave, rien qu' l'entendre. Elle avoua la crainte dlicieuse o il la
jetait, lorsque sa peau si blanche s'empourprait d'un flot de sang, la
moindre colre. Et ils avaient quitt maintenant les bords vaporeux de
la Chevrotte, ils s'enfonaient sous la futaie obscure des grands ormes,
les bras la taille.

--Oh! ce jardin, murmura Anglique, jouissant de la fracheur qui
tombait des feuillages.

--Il y a des annes que j'ai le dsir d'y entrer.... Et m'y voil avec
vous, m'y voil!...

Elle ne lui demandait pas o il la conduisait, elle s'abandonnait son
bras, dans les tnbres des troncs centenaires.

La terre tait douce aux pieds, les votes de feuilles se perdaient,
trs hautes, comme des votes d'glise. Pas un bruit, pas un souffle,
rien que le battement de leurs coeurs.

Enfin, il poussa la porte d'un pavillon, il lui dit:

--Entrez, vous tes chez moi.

C'tait l que son pre croyait convenable de le loger, l'cart, dans
ce coin recul du parc. Il y avait, en bas, un grand salon; en haut,
tout un appartement complet. Une lampe clairait la vaste pice du
rez-de-chausse.

--Vous voyez bien, reprit-il, avec un sourire, que vous tes chez un
artisan. Voici mon atelier.

Un atelier en effet, le caprice d'un garon riche qui se plaisait au
ct mtier, dans la peinture sur verre.



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