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Text on one page: Few Medium Many
Longtemps, ils s'treignirent. Lui, se
soumettait; elle, maintenant, devait s'appuyer son paule, pour
retrouver assez de courage. Ils en sortirent dsesprs et rsolus,
enferms dans un grand et poignant silence, au bout duquel, si Dieu le
voulait, tait la mort consentie de l'enfant.

partir de ce jour, Anglique dut rester dans sa chambre:

Sa faiblesse devenait telle, qu'elle ne pouvait descendre l'atelier:
tout de suite, sa tte tournait, ses jambes se drobaient.

D'abord, elle marcha, voyagea jusqu'au balcon, en s'aidant des meubles.
Puis, il lui fallut se contenter d'aller de son lit son fauteuil. La
course tait longue, elle ne la risquait que le matin et le soir,
puise. Pourtant, elle travaillait toujours, abandonnant la broderie en
bas-relief, trop rude, brodant des fleurs en soies nuances; et elle les
brodait d'aprs nature, un bouquet de fleurs sans parfum, qui la
laissaient calme, des hortensias et des roses trmires. Le bouquet
fleurissait dans un vase, souvent elle se reposait longuement le
regarder, car la soie, si lgre, pesait lourd ses doigts. En deux
journes, elle n'avait fait qu'une rose, toute frache, clatante sur le
satin; mais c'tait sa vie, elle tiendrait l'aiguille jusqu'au dernier
souffle. Fondue de souffrance, amincie encore, elle n'tait plus qu'une
flamme pure et trs belle.

quoi bon lutter davantage, puisque Flicien ne l'aimait pas?
Maintenant, elle mourait de cette conviction: il ne l'aimait pas,
peut-tre ne l'avait-il jamais aime. Tant qu'elle avait eu des forces
elle s'tait battue contre son coeur, sa sant, sa jeunesse, qui la
poussaient courir le rejoindre. Depuis qu'elle se trouvait cloue l,
elle devait se rsigner, c'tait fini.

Un matin, comme Hubert l'installait dans son fauteuil, en posant sur un
coussin ses petits pieds inertes, elle dit avec un sourire:

--Ah! je suis bien sre d'tre sage, prsent, et de ne pas me sauver.
Hubert se hta de descendre, suffoqu, craignant d'clater en larmes.




XII


Cette nuit-l, Anglique ne put dormir. Une insomnie la tenait les
paupires ardentes, dans l'extrme faiblesse o elle tait; et, comme
les Hubert s'taient couchs et que minuit allait sonner bientt, elle
prfra se relever, malgr l'effort immense, prise de la peur de mourir,
si elle restait au lit davantage.

Elle touffait, elle passa un peignoir, se trana jusqu' la fentre,
qu'elle ouvrit toute grande.

--L'hiver tait pluvieux, d'une douceur humide. Puis, elle s'abandonna
dans son fauteuil, aprs avoir, devant elle, sur la petite table, relev
la mche de la lampe, qu'on laissait allume la nuit entire. L, prs
du volume de La Lgende dore, tait le bouquet de roses trmires et
d'hortensias, qu'elle copiait. Et, pour se rendre la vie, elle eut une
fantaisie de travail, attira son mtier, fit quelques points, de ses
mains gares. La soie rouge d'une rose saignait entre ses doigts
blancs, il semblait que ce ft le sang de ses veines qui achevait de
couler, goutte goutte.

Mais elle, qui, depuis deux heures, se retournait en vain dans ses draps
brlants, cda presque tout de suite au sommeil, ds qu'elle fut assise.
Sa tte se renversa, soutenue par le dossier, s'inclina un peu sur
l'paule droite; et, la soie tant demeure entre ses mains immobiles,
on aurait dit qu'elle travaillait encore. Trs blanche, trs calme, elle
dormait sous la lampe, dans la chambre d'une paix et d'une blancheur de
tombe. La lumire plissait le grand lit royal, drap de sa perse rose
dteinte. Seuls, le coffre, l'armoire, les siges de vieux chne
tranchaient, tachaient les murs de deuil. Des minutes s'coulrent, elle
dormait trs calme et trs blanche.

Enfin, il y eut un bruit. Et, sur le balcon, Flicien parut, tremblant,
amaigri comme elle. Sa face tait bouleverse, il s'lanait dans la
chambre, lorsqu'il l'aperut, affaisse ainsi au fond du fauteuil,
pitoyable et si belle. Une douleur infinie lui serra le coeur, il
s'agenouilla, s'abma dans une contemplation navre.

Elle n'tait donc plus, le mal l'avait donc dtruite, qu'elle lui
semblait ne plus peser, s'tre allonge l, ainsi qu'une plume que le
vent allait reprendre? Dans son clair sommeil, sa souffrance se voyait,
et sa rsignation. Il ne la reconnaissait qu' sa grce de lis,
l'lancement de son col dlicat sur ses paules tombantes, sa face
longue et transfigure de vierge volant au ciel. Les cheveux n'taient
plus que de la lumire, l'me de neige clatait sous la soie
transparente de la peau. Elle avait la beaut des saintes dlivres de
leur corps, il en tait bloui et dsespr, dans un saisissement qui
l'immobilisait, les mains jointes.

Elle ne se rveillait pas, il la regardait toujours.

Un petit souffle des lvres de Flicien dut passer sur le visage
d'Anglique. Tout d'un coup, elle ouvrit des yeux trs grands.

Elle ne bougeait pas, elle le regardait son tour, avec un sourire,
comme dans un rve. C'tait lui, elle le reconnaissait, bien qu'il ft
chang. Mais elle croyait sommeiller encore, car il lui arrivait de le
voir ainsi en dormant, ce qui, au rveil, aggravait sa peine.

Il avait tendu les mains, il parla.

--Chre me, je vous aime.... On m'a dit ce que vous souffriez, et je
suis accouru.... Me voici, je vous aime.

Elle frmissait, elle passait les doigts sur ses paupires, d'un geste
machinal.

--Ne doutez plus.... Je suis vos pieds, et je vous aime, je vous aime
toujours.

Alors, elle eut un cri.

--Ah! c'est vous.... Je ne vous attendais plus, et c'est vous....

De ses mains ttonnantes, elle lui avait pris les tiennes, elle
s'assurait qu'il n'tait pas une vision errante du sommeil.

--Vous m'aimez toujours, et je vous aime, ah! plus que je ne croyais
pouvoir aimer!

C'tait un tourdissement de bonheur, une premire minute d'allgresse
absolue, o ils oubliaient tout, pour n'tre qu' cette certitude de
s'aimer encore, et de se le dire. Les souffrances de la veille, les
obstacles du lendemain, avaient disparu; ils ne savaient comment ils
taient l; mais ils y taient, ils mlaient leurs douces larmes, ils se
serraient d'une treinte chaste, lui perdu de piti, elle si macie
par le chagrin, qu'il n'avait d'elle, entre les bras, qu'un souffle.
Dans l'enchantement de sa surprise, elle restait comme paralyse,
chancelante et bienheureuse au fond du fauteuil, ne retrouvant pas ses
membres, ne se soulevant demi que pour retomber, sous l'ivresse de sa
joie.

--Ah! cher seigneur, mon dsir unique est accompli: je vous aurai revu,
avant de mourir. Il releva la tte, il eut un geste d'angoisse.

--Mourir!... Mais je ne veux pas! Je suis l, je vous aime.

Elle souriait divinement.

--Oh! je puis mourir, puisque vous m'aimez. Cela ne m'effraie plus, je
m'endormirai ainsi, sur votre paule.... Dites-moi encore que vous
m'aimez.

--Je vous aime, comme je vous aimais hier, comme je vous aimerai
demain.... N'en doutez jamais, cela est pour l'ternit.

--Oui, pour l'ternit, nous nous aimons.

Anglique, extasie, regardait devant elle, dans la blancheur de la
chambre. Mais, peu peu, un rveil la rendit grave. Elle rflchissait
enfin, au milieu de cette grande flicit qui l'avait tourdie. Et les
faits l'tonnaient.

--Si vous m'aimez, pourquoi n'tes-vous pas venu?

--Vos parents m'ont dit que vous n'aviez plus d'amour pour moi. J'ai
manqu aussi d'en mourir.... Et c'est lorsque je vous ai sue malade, que
je me suis dcid, quitte tre chass de cette maison, dont on me
fermait la porte.

--Ma mre me disait galement que vous ne m'aimiez plus, et j'ai cru ma
mre.... Je vous avais rencontr avec cette demoiselle, je pensais que
vous obissiez Monseigneur.

--Non, j'attendais. Mais j'ai t lche, j'ai trembl devant lui.

Il y eut un silence. Anglique s'tait redresse. Sa face devenait dure,
le front coup d'un pli de colre.

--Alors, on nous a tromps l'un et l'autre, on nous a menti pour nous
sparer.... Nous nous aimions, et on nous a torturs, on a failli nous
tuer tous les deux.... Eh bien! c'est abominable, cela nous dlie de nos
serments. Nous sommes libres.

Un furieux mpris l'avait mise debout. Elle ne sentait plus son mal, ses
forces revenaient, dans ce rveil de sa passion et de son orgueil. Avoir
cru son rve mort, et tout d'un coup le retrouver vivant et rayonnant!
se dire qu'ils n'avaient pas dmrit de leur amour, que les coupables
taient les autres! Ce grandissement d'elle-mme, ce triomphe enfin
certain, l'exaltaient, la jetaient une rvolte Suprme.

--Allons, partons! dit-elle simplement.

Et elle marchait par la chambre, vaillante, dans toute son nergie et sa
volont. Dj, elle choisissait un manteau pour s'en couvrir les
paules. Une dentelle, sur sa tte, suffirait.

Flicien avait eu un cri de bonheur, car elle devanait son dsir, il ne
songeait qu' cette fuite, sans trouver l'audace de la lui proposer. Oh!
partir ensemble, disparatre, couper court tous les ennuis, tous les
obstacles! Et cela l'instant, en s'vitant mme le combat de la
rflexion!

--Oui, tout de suite, partons, ma chre me. Je venais vous prendre, je
sais o nous aurons une voiture. Avant le jour, nous serons loin, si
loin, que jamais personne ne pourra nous rejoindre. Elle ouvrait des
tiroirs, les refermait violemment, sans rien y prendre, dans une
exaltation croissante. Comment! elle se torturait depuis des semaines,
elle avait travaill le chasser de sa mmoire, mme elle croyait y
avoir russi! et il n'y avait rien de fait, et cet affreux travail tait
refaire! Non, jamais elle n'aurait cette force. Puisqu'ils s'aimaient,
c'tait bien simple: ils s'pousaient, aucune puissance ne les
dtacherait l'un de l'autre.

--Voyons, que dois-je emporter?... Ah! j'tais sotte, avec mes scrupules
d'enfant. Quand je songe qu'ils sont descendus jusqu' mentir! Oui, je
serais morte, qu'ils ne vous auraient pas appel... Faut-il prendre du
linge, des vtements, dites?

Voici une robe plus chaude.... Et ils m'avaient mis un tas d'ides, un
tas de peurs dans la tte.



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