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Text on one page: Few Medium Many
Puisqu'ils s'aimaient,
c'tait bien simple: ils s'pousaient, aucune puissance ne les
dtacherait l'un de l'autre.

--Voyons, que dois-je emporter?... Ah! j'tais sotte, avec mes scrupules
d'enfant. Quand je songe qu'ils sont descendus jusqu' mentir! Oui, je
serais morte, qu'ils ne vous auraient pas appel... Faut-il prendre du
linge, des vtements, dites?

Voici une robe plus chaude.... Et ils m'avaient mis un tas d'ides, un
tas de peurs dans la tte. Il y a le bien, il y a le mal, ce qu'on peut
faire, ce qu'on ne peut pas faire, des choses compliques, vous rendre
imbcile. Ils mentent toujours, ce n'est pas vrai: il n'y a que le
bonheur de vivre, d'aimer celui qui vous aime....

Vous tes la fortune, la beaut, la jeunesse, mon cher seigneur, et je
me donne vous, jamais, entirement, et mon unique plaisir est en
vous, et faites de moi ce qu'il vous plaira.

Elle triomphait, dans une flambe de tous les feux hrditaires que l'on
croyait morts. Des musiques l'enivraient; elle voyait leur royal dpart,
ce fils de princes l'enlevant, la faisant reine d'un royaume lointain;
et elle le suivait, pendue son cou, couche sur sa poitrine, dans un
tel frisson de passion ignorante, que tout son corps en dfaillait de
joie. N'tre plus que tous les deux, s'abandonner au galop des chevaux,
fuir et disparatre dans une treinte!...

--Je n'emporte rien, n'est-ce pas?... quoi bon?

Il brlait de sa fivre, dj devant la porte.

--Non, rien.... Partons vite.

--Oui, partons, c'est cela.

Et elle l'avait rejoint. Mais elle se retourna, elle voulut donner un
dernier regard la chambre. La lampe brlait avec la mme douceur ple,
le bouquet d'hortensias et de roses trmires fleurissait toujours, une
rose inacheve, vivante pourtant, au milieu du mtier, semblait
l'atteindre. Surtout, jamais la chambre ne lui avait paru si blanche,
les murs blancs, le lit blanc, l'air blanc, comme empli d'une haleine
blanche.

Quelque chose en elle vacilla, et il lui fallut s'appuyer au dossier
d'une chaise.

--Qu'avez-vous? demanda Flicien inquiet.

Elle ne rpondait pas, elle respirait difficilement. Reprise d'un
frisson, les jambes dj brises, elle dut s'asseoir.

--Ne vous inquitez pas, ce n'est rien.... Une minute de repos seulement,
et nous partons.

Ils se turent. Elle regardait dans la chambre, comme si elle y et
oubli un objet prcieux, qu'elle n'aurait pu dire. C'tait un regret,
d'abord lger, puis qui grandissait et lui touffait peu peu la
poitrine. Elle ne se rappelait plus. tait-ce tout ce blanc qui la
retenait ainsi? Toujours elle avait aim le blanc, jusqu' voler les
bouts de soie blanche pour s'en donner le plaisir en cachette.

--Une minute, une minute encore, et nous partons, mon cher seigneur.

Mais elle ne faisait mme plus un effort pour se lever.

Anxieux, il s'tait remis genoux devant elle.

--Est-ce que vous souffrez, ne puis-je rien pour votre soulagement? Si
vous avez froid, je prendrai vos petits pieds dans mes mains, et je les
rchaufferai, jusqu' ce qu'ils soient assez vaillants pour courir. Elle
hocha la tte.

--Non, non, je n'ai pas froid, je pourrai marcher.... Attendez une
minute, une seule minute.

Il voyait bien que d'invisibles chanes la liaient aux membres, la
rattachaient l, si fortement, que, dans un instant peut-tre, il lui
serait impossible de l'en arracher. Et, s'il ne l'emmenait pas tout de
suite, il songeait la lutte invitable avec son pre, le lendemain,
ce dchirement, devant lequel il reculait depuis des semaines. Alors, il
se fit pressant, d'une supplication ardente.

--Venez, les routes sont noires cette heure, la voiture nous emportera
dans les tnbres; et nous irons toujours, toujours, bercs, endormis
aux bras l'un de l'autre, comme enfouis sous un duvet; sans craindre les
fracheurs de la nuit; et, quand le jour se lvera, nous continuerons
dans le soleil, encore, encore plus loin, jusqu' ce que nous soyons
arrivs au pays o l'on est heureux.... Personne ne nous connatra, nous
vivrons, cachs au fond de quelque grand jardin, n'ayant d'autre soin
que de nous aimer davantage, chaque journe nouvelle. Il y aura l des
fleurs grandes comme des arbres, des fruits plus doux que le miel. Et
nous vivrons de rien, au milieu de cet ternel printemps, nous vivrons
de nos baisers, ma chre me.

Elle frissonna sous ce brlant amour, dont il lui chauffait la face.
Tout son tre dfaillait, l'effleurement des joies promises.

--Oh! dans un moment, tout l'heure!...

--Puis, si les voyages nous fatiguent, nous reviendrons ici, nous
relverons les murs du chteau d'Hautecoeur, et nous y achverons nos
jours. C'est mon rve.... Toute notre fortune, s'il le faut, y sera
jete, main ouverte. De nouveau, le donjon commandera aux deux
valles. Nous habiterons le logis d'honneur, entre la tour de David et
la tour de Charlemagne.

Le colosse en entier sera rtabli, comme aux jours de sa puissance, les
courtines, les btiments, la chapelle, dans le luxe barbare
d'autrefois.... Et je veux que nous y menions l'existence des temps
anciens, vous princesse, et moi prince, au milieu d'une suite d'hommes
d'armes et de pages. Nos murailles de quinze pieds d'paisseur nous
isoleront, nous serons dans la lgende....

Le soleil baisse derrire les coteaux, nous revenons d'une chasse, sur
de grands chevaux blancs, parmi le respect des villages agenouills. Le
cor sonne, le pont-levis s'abaisse. Des rois, le soir, sont notre
table. La nuit, notre couche est sur une estrade, surmonte d'un dais,
comme un trne. Des musiques jouent, lointaines, trs douces, tandis que
nous nous endormons aux bras l'un de l'autre, dans la pourpre et l'or.
Frmissante, elle souriait maintenant d'un orgueilleux plaisir,
combattue d'une souffrance, qui revenait, l'envahissait, effaant le
sourire de sa bouche douloureuse. Et, comme de son geste machinal elle
cartait les visions tentatrices, il redoubla de flamme, tcha de la
saisir, de la faire sienne, entre ses bras perdus.

--Oh! venez, oh! soyez moi.... Fuyons, oublions tout dans notre
bonheur.

Elle se dgagea brusquement, d'une rvolte instinctive; et, debout, ces
mots jaillirent de ses lvres:

--Non, non, je ne peux pas, je ne peux plus! Pourtant, elle se
lamentait, encore ravage par la lutte, hsitante, bgayante.

--Je vous en prie, soyez bon, ne me pressez pas, attendez....

Je voudrais tant vous obir pour vous prouver que je vous aime, m'en
aller votre bras dans les beaux pays lointains, habiter royalement
ensemble le chteau de vos rves. Cela me semblait si facile, j'avais si
souvent refait le plan de notre fuite....

Et, que vous dirai-je? maintenant, cela me parat impossible.

C'est comme si, tout d'un coup, la porte se soit mure et que je ne
puisse sortir.

Il voulut l'tourdir de nouveau, elle le fit taire d'un geste.

--Non, ne parlez plus.... Est-ce singulier! mesure que vous me dites
des choses si douces, si tendres, qui devraient me convaincre la peur me
prend, un froid me glace...Mon Dieu! qu'ai-je donc? Ce sont vos paroles
qui m'cartent de vous. Si vous continuez, je vais ne plus pouvoir vous
entendre, il faudra que vous partiez.... Attendez, attendez un peu.

Et elle marchait lentement par la chambre, cherchant se reprendre,
tandis que lui, immobile, se dsesprait.

--J'avais cru ne plus vous aimer, mais ce n'tait que du dpit
assurment, puisque l, tout l'heure, lorsque je vous ai retrouv
mes pieds, mon coeur a bondi, mon premier lan a t de vous suivre, en
esclave.... Alors, si je vous aime, pourquoi m'pouvantez-vous? et qui
m'empche de quitter cette chambre, comme si des mains invisibles me
tenaient par tout le corps, par chacun des cheveux de ma tte? Elle
s'tait arrte prs du lit, elle revint vers l'armoire, alla ainsi
devant les autres meubles. Certainement, des liens secrets les
unissaient sa personne. Les murs blancs surtout, la grande blancheur
du plafond mansard, l'enveloppaient d'une robe de candeur, dont elle ne
se serait dvtue qu'avec des larmes.

Dsormais, tout cela faisait partie de son tre, le milieu tait entr
en elle. Et elle le comprit davantage, lorsqu'elle se trouva en face du
mtier, rest sous la lampe, ct de la table.

Son coeur fondait, voir la rose commence, qu'elle ne finirait jamais,
si elle partait de la sorte, en criminelle. Les annes de travail
s'voquaient dans sa mmoire, ces annes si sages, si heureuses, une si
longue habitude de paix et d'honntet, que rvoltait la pense d'une
faute. Chaque jour, la petite maison frache des brodeurs, la vie active
et pure qu'elle y menait, l'cart du monde, avaient refait un peu du
sang de ses veines.

Mais lui, la voyant ainsi reconquise par les choses, sentit le besoin de
hter le dpart.

--Venez, l'heure s'coule, bientt il ne sera plus temps.

Alors, la lumire se fit complte, elle cria:

--Il est dj trop tard.... Vous voyez bien que je ne peux pas vous
suivre. Il y avait en moi, jadis, une passionne et une orgueilleuse qui
aurait jet ses deux bras votre cou, pour que vous l'emportiez. Mais
on m'a change, je ne me retrouve plus....

Vous n'entendez donc pas que tout, dans cette chambre, me crie de
rester? Et ma joie est devenue d'obir.

Sans parler, sans discuter avec elle, il tchait de l'emmener comme une
enfant indocile. Elle l'vita, s'chappa vers la fentre.

--Non, de grce! Tout l'heure, je vous aurais suivi. Mais c'tait la
rvolte dernire. Peu peu, mon insu, l'humilit et le renoncement
qu'on mettait en moi, devaient s'y amasser.

Aussi, chaque retour de mon pch d'origine, la lutte tait-elle moins
rude, je triomphais de moi-mme avec plus de facilit. Dsormais, c'est
fini, je me suis vaincue.... Ah! cher seigneur, je vous aime tant! Ne
faisons rien contre notre bonheur. Il faut se soumettre pour tre
heureux.

Et, comme il s'avanait d'un pas encore, elle se trouva devant la
fentre grande ouverte, sur le balcon.

--Vous ne voulez pas me forcer me jeter par l... coutez donc,
comprenez que j'ai avec moi ce qui m'entoure.



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